La curiosité du morbide

Le choix du sujet

     Pour choisir un sujet à travailler, nous avons souhaité prendre un sujet qui rassemble tout le monde, que tout le monde connais mais vit de façon différente.

Suite à cette réflexion, nous avons cherché ce sujet que chaque être humain connait. Nous en sommes arrivées à parler des sentiments et émotions, en effet, l'Homme se caractérise par sa capacité à ressentir différentes émotions, allant de la joie à la tristesse en passant par la peur. Alors, cessons le suspens et évoquons enfin le sujet choisit : le morbide.

Ce choix c'est fait à la suite de longue discussion sur le choix même du sujet mais également de discussions à propos de nos vies, et après avoir évoqué la mort et le coté fascinant qu'on peut lui trouver, nous nous sommes demandé pourquoi nous étions toutes attirée par ce sujet et de manière plus général, pourquoi l'Homme avait hérité de cette curiosité face au morbide.

Nous avons donc choisit ce sujet, pour tenter de montrer comment l'horreur ou la difficulté d'une image peut nous attirer et nous contraindre à la regarder plus en profondeur pour y trouver une sorte de satisfaction.

Pour mener à bien ce projet, nous allons nous baser sur des images que l'on va analyser à l'aide de ressentis qui nous sont propres, il est possible que vous ne pensez pas comme nous car l'art est quelque chose de subjectif alors nous vous invitons à nous donner votre point de vue en commentaire.

Pour commencer, nous souhaitons donner notre définition du morbide. Le terme "morbide" est pour nous un terme qui désigne quelque chose dont l'apparence nous rappelle la maladie physique ou mentale, qui peut même atteindre des ressemblance avec la mort et ce qu'elle provoque sur les corps et ici nous allons nous arrêter sur la référence à la mort et la maladie.

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21 novembre 2019

Histoire de légende

Un état morbide est donc un état s'apparentant à la maladie ou à la mort, et si de nos jours, nous sommes exposés à ce genre d'images quasi quotidiennement ces images étaient déjà présente depuis bien longtemps.

En effet, même si il est impossible de donner une date précise de représentation liée à la mort, on peut néanmoins trouver dans les "premières" représentations des illustrations d'une légende appelée "les trois vifs et les trois morts". Cette légende apparaît dans des manuscrits dès le 13e siècle. Cette légende relate l'histoire de trois vivants (nobles bien souvent) qui lors d'un voyage se retrouvent face à trois cadavres (ecclésiastiques ou nobles eux aussi). Les vivants sont terrifiés par cette rencontre, et les morts s'adressent à eux en leurs demandant de se repentir en disant : "Tel je fus comme tu es, et tel que je suis tu seras / Richesse, honneur et pouvoir sont dépourvus de valeur au moment de votre trépas."

Cette légende à donnée lieu à de nombreuse illustration, notamment pour accompagner des poèmes mais aussi dans des lieux sacrés comme les églises ou encore, il en a été retrouvé dans une infirmerie du Mont Saint Michel.

En voici un exemple souvent utilisé :

Le dit des trois vifs et les trois morts

 

 

 

Cette illustration se trouve dans un "livre d'heures" (c'est à dire un livre sur l'ensemble des rites et cérémonies, ici catholique, destiné aux fidèles pour leurs permettre de suivre la prière quotidienne chrétienne appelée "la liturgie des Heures). Ce livre, "Les Petites Heures" de Jean de Berry, a été écrit entre 1375 et 1390, et est désormais conservé à la bibliothèque nationale de France. On y trouve plus de 180 miniatures dont celle ci dessus.

 

 

 

 

 

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12 décembre 2019

Thérèse Raquin


Illustration Thérèse Raquin

Cette image dégage pour nous un sentiment morbide. Il s'agit d'un dessin illustrant le roman de Zola : Thérèse Raquin.
On constate les attraits morbides d'après deux aspect de l'image : tout d'abord et bien évidemment l'aspect
esthétique, mais également l'aspect psychique qu'elle renvoie.
Esthétiquement, le choix du noir et blanc joue sur sa particularité morbide (personnages représentant le mal
dans une partie sombre et inversement pour la partie clair), mais aussi les caractéristiques physiques des
personnages : leurs yeux exorbités, effrayés pour les personnages de gauche, et une morphologie fantomatique, mortuaire pour le personnage de droite.
Psychiquement, il faut s'en retourner à l'histoire du roman de Zola. Les protagonistes de gauche représentent Thérèse et Laurent, les amants criminels qui ont assassiné le protagoniste de droite : Camille, le mari de Thérèse. L'acte en lui même d'assassiner de sang froid son mari ou son ami, est un acte morbide qui dénote d'une faiblesse psychologique, maladive.

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Photo mortuaire

Au XVIIe et XIXe siècle le rapport que nous avions à la mort n'était pas le même que dans les mentalités modernes. À l'époque le taux de mortalité était beaucoup plus élevé, la maladie, les conditions d'hygiène et le peu de sécurité en étaient souvent les causes. Les morgues avaient pour habitude d'exposer les morts aux yeux du public qui ne se lassait pas de les voir, il arrivait aussi que dans des familles le défunt soit installé au centre de la pièce de vie ou dans sa chambre et que l'on veille auprès de lui.
L'arrivé de la photographie au XIXe siècle a remplacé la peinture post-mortem et va prendre une place importante dans le processus de deuil et de mémoire. Le mort est souvent photographié en état de sommeil ou autour de ses frères et sœur ou sa famille entière. Cette représentation permet de se souvenir qu'il est mort aux côtés de sa famille, mais il permet aussi d'effacer le côté morbide de son souvenir.

Photo mortuaire

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Le temps

Le temps, rien que par son existence change les choses que ce soit des objets, des personnes, des paysages... Il peut avoir un effet positif et les rendre meilleurs mais il peut aussi avoir un effet négatif et les rendre morbide.
Pour illustrer l'action négative que peut avoir le temps qui passe, j'ai choisis de parler de cette œuvre d'Eric Rondepierre :

Eric Rondepierre, Le trio, 1996-1998

 

 

 

 

 

 

Le trio, 1996-1998
Tirage Ilfochrome sur aluminium
150*100cm

 

 

 

 

 

 

Cette œuvre s'intitule « Le trio », en référence aux trois personnes que l'on peut distinguer. Il s'agit de photogrammes corrodées par le temps, l'humidité, et le stockage dans de mauvaises conditions. Ces photogrammes viennent de films colorisés des archives de Montréal. L'œuvre fait partie d'une série de trente pièces s'appelant « Moires ».
Cette œuvre est composée de deux photogrammes superposés, dont celui du bas a été totalement détruit par le temps. Celui du haut est partiellement détruit. On ne peut pas faire la distinction entre celui du haut et celui du bas, il y a néanmoins une très fine marque qui était sûrement la démarcation autrefois. On voit sur ce reste de photogramme un salon où un couple discute et une jeune femme dans l'escalier.
Pour moi, cette œuvre a un coté morbide par la présence ancré d'un concept qui est pourtant invisible : le temps. La dégradation des photogrammes donne l'impression d'être un torrent de lave qui engloutie tout sur son passage comme un tsunami. La jeune femme dans l'escalier semble fuir cette menace qui pourtant n'est pas dans son temps, comme pour montrer que le temps n'a aucune barrière et que peu importe où l'on est, même en se pensant sauvegardé dans un instant précis, le temps nous retrouvera et exercera son action sur nous. C'est en ça que pour moi, cette œuvre a la même résonance que le dit des trois vifs et des trois morts, nous sommes tous condamnés à finir de la même manière.

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Nature morte

Malachi FARRELL, Nature morte (les chaises électriques) (1999-2000)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malachi FARRELL, Assemblage bois/métal/plastique/laurier, 150x258 cm
Nature morte (les chaises électriques) (1999-2000)

Composant avec la nature, Malachi Farrell s'affranchit des conventions et oppose le bois et le feuillage au métal, plastique et électricité.
D'abord, nous regardons cette œuvre d'un œil détaché, loin du morbide, les feuilles mortes symbolisant la fin du processus existentiel de la nature. Mais l'artiste intellectualise cette œuvre : la nature morte qu'est le feuillage grillé (les lauriers symbole de l'éternité chez les Chrétiens et de la victoire dans l'Antiquité) illustre, à la manière de Picasso dans Guernica, une protestation politique contre la violence physique ou psychologique. Cette photo Nature morte s'intitule également Les chaises électriques. Elle défend la liberté d'expression et s'affranchit de limites. Nature morte rejoue l'exécution des époux Rosenbergen pour revenir sur la dimension spectaculaire des exécutions capitales aux États-Unis. Mariés dans la vie, la mort les sépare, même les chaises s'éloignent l'une de l'autre, symboliquement et physiquement. Cela devient morbide et dérangeant. Malachi Farrell utilise le détournement et l'hybridation de plusieurs registres liés à la nature pour parodier et s'opposer à l'intervention de l'Homme sur l'Homme. Cette œuvre est-elle faite pour être admirée ou interprétée ? Il ne cherche pas à idéaliser pour rendre beau mais veut déranger pour exprimer des sentiments liés à la peur ou à l'angoisse. Cette installation est mise en scène dans une prestation où on la voit s'allumer sur le rythme d'une exécution par chaise électrique disponible en suivant ce lien : https://www.malachi-farrell.com/nature-morte.
Ici le trait du morbide apparaît par l'association de la violence humaine et de la nature. Nature qui représente une vie mise à mort.

 

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Paquets de cigarettes

Paquets de cigarettes

Outre le fait que le tabac nuit dangereusement à la santé, les gouvernements ont décidé de frapper fort pour faire réagir les consommateurs. En effet, en 2016 s'est mit en place l'introduction exclusive du « paquet neutre » en circulation ( partiellement sur la globalité du globe). Ces « paquets neutres » ont un packaging pour le moins attirant. Le nom ou l'atmosphère de la marque ne sont plus visibles sur ces derniers, à la place des images d'horreurs. Ces images témoignes des conséquences du tabagisme sur le corps, on peut donc retrouvé des photos de foetus morts, des photos de gorges sanglante. Ces images sont à notre sens totalement morbide. Les images en elle-même sont totalement morbide, mais également le fait qu'elles soient
utilisées quotidiennement, elles rentrent dans une sphère banale. Le message « une mort lente et
douloureuse » est tout à fait horripilante, mais néanmoins pas aussi dissuasif que les gouvernements l'espéraient, car plusieurs études commandées par des fabricants de tabac concluent à une absence d'effet significatif sur la consommation ( hors Australie ou France où l'on constate une forte baisse chez les plus jeunes consommateurs).

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Obsession

Obsessive Compulsive Disorder (OCD), Shawn Coss, 2018,

 

 

 

 

 

 Obsessive Compulsive Disorder (OCD), Shawn Coss, 2018,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ses deux séries Inktober IllnessShawn Coss représente les maladies mentales, la premièré fois en 2016 et la seconde en 2018 travaillant ses illustrations à l'encre d'un nouvel oeil. Son projet a démarré lorsqu'il a demandé à ses abonnés quel sujet il pourrait illustrer et que l'un d'eux a suggéré les maladie mentales. Coss a cherché à comprendre les symptômes mais aussi les caractéristiques de chacune des maladies, afin de s'accrocher à un détail et déployer les problématiques et éléments auxquels doivent faire face les personnes malades.
Son travail a beaucoup interpellé et a permis aux malades de mettre des images, des mots sur leurs souffrances, ainsi qu'exposer les stigmates aux personnes qui ne connaissaient pas les maladies ou pensaient les connaître. Ses représentations sont sombres et vont avec son style de dessin, elles dépeignent la gravité et les nuisances impactant les personnes malades.

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Analyse croisée et conclusion

Depuis plus de 10 siècles, le morbide est représenté dans l'art, selon différents moyens, points de vue et intentions. Comme nous l'avions dit pour commencer notre travail, un état morbide est un état s'apparentant à la maladie ou à la mort. C'est au 13e siècle que les représentations diverses de cet état apparaissent. Au début elles offrent un message informatif, religieux qui vise à maintenir les Hommes conscient que leur supériorité ne durera pas. Les formes artistiques ont beau évoluer avec le temps (apparitions photographie, changement culturel, internet...), le choix du morbide comme thème artistique reste présent, voir l'est de plus en plus.

Avant l'apparition de la photographie au XIXe siècle, on voit une tendance pour la représentation de rencontre entre mort et vivant, une rencontre qui n'est pas néfaste au vivant que ce soit dans l'illustration du dit des trois morts et des trois vifs, où on peut voir qu'une certaine distance entre les morts et les vivants. Dans L'illustration du roman de Zola, il n'y a plus cet éloignement, néanmoins, l'esprit qui revient parmi les vivants ne leur veut pas de mal, juste leur faire prendre conscience de leurs propres actes. Dans ces deux cas, les vivants semblent avoir peur des « revenants », ce n'est plus le cas pour l'exemple que nous citons après, c'est à dire pour les photos mortuaires.
En effet, grâce à la photographie, la représentation du morbides et plus particulièrement de la mort ici prend un nouveau sens et est rendu regardable. Les photos mortuaire impose un devoir de mémoire, la photographie en générale d'ailleurs prône ce message. Elles sont la mise en image fixe d'un espace de temps qui se retrouve figé aussi longtemps que sa conservations le permet. Mais avec l'œuvre d'Eric Rondepierre, on peut voir que la détérioration de ces images permet également de montrer d'une nouvelle manière un caractère morbide, qui n'est cependant plus caractérisé par un corps mort d'apparence humaine. En effet, par cette œuvre, l'artiste rappelle que le morbide n'est pas seulement figure humaine et qu'il traverse toute barrière. Son œuvre marque un premier tournant dans notre travail, la représentation symbolique du morbide.
Dans cette tendance symbolique, le travail de Malachi Farrell est particulier. Son œuvre, contrairement à celle citées précédemment est une installations, en 3D et mises en action lors d'une présentation. Cette installation poétise et sublime le morbide, pour apporter un regard cynique aux actions que les Hommes ont sur eux même. Deuxième tournant pour notre travail, le passage de représentations liées à la mort à celles liées a la maladie.
Objet du quotidien, les paquets de cigarettes arborent des photographies terrifiantes et morbides d'effets que la consommations de tabac peut produire sur son consommateur, elles ont pour but de faire peur, d'informer et d'influencer les acheteurs à ne plus consommer. Dans notre société actuelle, notre quotidien est celui des réseaux sociaux en tout genre, et c'est ce moyen que l'artiste IllnessShawn Coss (notamment Instagram) a choisit pour partager sa vision sur les troubles et maladies mentales. Son but étant d'informer et d'apporter un soutient aux personnes touchées. Pour cela, il tente de donner une apparence aux symptôme qui sont invisibles.

Comme précédemment expliqué, nous avons tenté d'exprimé notre expérience du morbide à travers ces images (classées chronologiquement). Comme vous avez pu le constater, le morbide s'illustre dans tout les domaines ( peintures, installations, littérature, objet du quotidien, dessin, photos, etc). De nos jours on ne compte plus les pratiques ou travaux morbides. En sommes, le morbide résulte d'un déséquilibre mental, de tendances malsaines ou dépravé. Mais avant tout de conséquences maladives, de manifestations ou de résultats maladifs. On le voit dans les maladies incurables, qui mènent souvent à la mort, ou encore dans les addictions. Notre projet a pour but de révéler les intentions des auteurs/artistes.
Nos supports ont chacun un but : informer, avertir, exploiter, respecter le devoir de mémoire et de témoignage.
Le morbide résulte d'un caractère maladif et malsain, celui qui en fait l'expérience au quotidien souhaite s'en détacher. C'est le cas d'une des personnes de notre groupe. Elle caractérise le morbide comme un fantôme qui l'a hanterai. Le morbide la renvoie à une image sombre d'elle-même. Néanmoins, et dans de nombreux cas, le morbide peut être renvoyé à une forme de catharsis et reste une source d'inspiration inepuisable. La sensibilité au morbide est propre à chaque individu, c'est aussi la question de savoir où commence le rapport à la mort, à la disparition, à la maladie, et ce que nous pouvons, ou non, supporter face à celle-ci. En chacun de nous se loge une partie de morbide. Mais alors, est-il possible de vivre sans le Morbide ? Est-il indispensable au développement de chacun ?

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